Intra Muros (de Alexis Michalik / mes Alexis Michalik / avec Jeanne Arènes, Bernard Blancan, Alice de Lencquesaing, …)

Intra Muros
De
Alexis Michalik
Mis en scène par Alexis Michalik assisté par Marie-Camille Soyer
Avec Jeanne Arènes, Bernard Blancan, Alice de Lencquesaing, Paul Jeanson, Fayçal Safi, Raphaël Charpentier (musicien)

Scénographie par Juliette Azzopardi
Lumières par
 Arnaud Jung
Musiques par Raphaël Charpentier
Costumes par Marion Rebmann

Théâtre L’Octogone, Pully, Suisse
Produit par La Pépinière Théâtre (producteur), ACME (producteur, tourneur), L’Octogone (organisateur)
Représentation du jeudi 17 janvier 2019 à 20h30
Placé en première catégorie (rang K, place 15)
Payé 27.00 CHF (tarif moins de 25 ans)

Après avoir vu une fois Le porteur d’histoire (critiqué ici), deux fois Le cercle des illusionnistes (mon avis par là), deux fois Edmond (plus une fois au cinéma), y a-t-il vraiment besoin de préciser que j’attendais impatiemment de découvrir la nouvelle pièce d’Alexis Michalik ? Pour se faire, direction l’Octogone à Pully.

Intra Muros nous amène en prison, où un duo de comédiens vient donner un cours de théâtre à des détenus — qui ne sont que deux à venir à la séance… Cinquième personnage présent, une jeune assistante sociale, employée carcérale. Côté décors, c’est très sobre avec un mur en fond de scène entouré, sans surprise pour les connaisseurs du style michalikien, de portants chargés de costumes pour permettre aux acteurs de changer de rôle à vue. Cela leur est utile lors des flashbacks qui ponctuent le récit.

Un mur stylisé façon prison, trois lampes, quelques chaises, des portes-habits et de temps en temps un lit ; voilà pour la scénographie.
[photo sans crédit, via le dossier de presse]

En parlant de costumes, cette pièce est probablement celle de l’auteur où il y a le moins de ces fameux changements à vue. La première scène (l’arrivée des “profs” en prison) dure très longtemps, puis vient le premier retour en arrière, mais la construction reste dans l’ensemble plutôt classique ; une histoire linéaire émaillée de quelques flashbacks.

Peu de “cuts” et transitions avec changements de personnages ultrarapides comme dans Edmond ou Le cercle des illusionnistes donc. Ce qui veut aussi dire beaucoup moins de présence de ce que j’appelle “l’effet tourbillon” de Michalik, cette façon de perdre le spectateur dans les cinq premières minutes de la pièce avant de l’emporter magistralement dans l’intrigue. Cela dit, il y a quand même des destins croisés qui s’assemblent peu à peu au fil des flashbacks…

Flashback en mode festif…
[photo sans crédit, via le dossier de presse]

Il est très compliqué de parler de l’histoire sans trop en dire… Vu la situation de départ, le public s’attend à quelque chose de relativement classique, mais l’intrigue est finalement bien plus passionnante que prévu, avec quelques twists. C’est assez tordu mais parfaitement écrit, les rebondissements sont très bien placés et le tout est vraiment plaisant à suivre.

Côté mise en scène, Michalik se sert à la perfection de son décor minimaliste, de façon encore une fois brillamment millimétrée. Tout est toujours en mouvement, rythmé, bien fait. Petite particularité par rapport à ses autres pièces, la présence sur les planches d’un musicien (avec guitare, claviers et même un thérémine, l’instrument le plus théâtral qui existe !), s’intégrant par moments à la mise en scène. Un détail sympathique, quoique peut-être légèrement sous-utilisé.

Fayçal Safi au premier plan, dont le jeu est renforcé par les “mimes” de Raphaël Charpentier au thérémine en arrière-plan…
[photo sans crédit, via le dossier de presse]

Parmi les interprètes, on retrouve Jeanne Arènes, moliérisée en tant que révélation féminine 2014 pour Le cercle des illusionnistes. Si elle a ici moins la possibilité de faire preuve de sa virtuosité à endosser un grand nombre de rôles et à en changer en un claquement de doigts, elle est absolument excellente, particulièrement quand elle joue la mère de… (pas de spoil, vous le découvrirez par vous-même !). Mon coup de cœur va cependant à Bernard Blancan, incroyable dans la peau du détenu corse réservé, qui se trouve être le personnage principal de la pièce.

Il est toujours compliqué d’interpréter un jeune de banlieue sans tomber dans les clichés ou la caricature. A ce jeu-là, Fayçal Safi est vraiment bon, soutenu par une très belle écriture de son personnage. Il a également le plaisir de bénéficier d’un superbe monologue. Reste Paul Jeanson, qui débute le spectacle en brisant le quatrième mur de jolie façon (une introduction d’ailleurs assez surprenante), et Alice de Lencquesaing, talentueuse dans le rôle de l’assistante sociale.

L’ensemble de ce très beau casting d’Intra Muros…
[photo sans crédit, via le dossier de presse]

Après que le public ait réservé un triomphe aux acteurs, force est de constater que Michalik signe un nouveau succès, un texte vraiment excellent. Je lui préfère certes largement “Le cercle des illusionnistes” et “Edmond”, mais on est ici dans le haut du panier des pièces que j’aie vu. L’histoire est géniale, la mise en scène parfaite, le rythme constamment soutenu, l’humour bien présent et, encore une fois, le casting, même s’il ne comporte aucun membre remplissant les salles par son simple nom, est brillant. Bref, foncez en prison !

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