Je suis vieux – pas beaucoup mais déjà (de Frédéric Recrosio / mes. Jean-Luc Barbezat / avec Frédéric Recrosio)

7_1_affiche

Je suis vieux (pas beaucoup mais déjà)
De Frédéric Recrosio
Collaboration artistique avec Naila Maiorana, Michèle Guignon, Michel Thévoz
Mis en scène par Jean-Luc Barbezat
Avec Frédéric Recrosio

Théâtre Boulimie, Lausanne, Suisse
Produit par Théâtre Boulimie (organisateur)
Représentation du mardi 23 septembre 2014 à 19h30
Placé en deuxième catégorie (rang 8, place 8)
Payé 18.00 CHF (tarif étudiant)

7_2_castingFrédéric Recrosio
[photo de Pierre Vogel, via la page Facebook de l’artiste]

J’avoue que je connaissais assez peu Frédéric Recrosio. Alors qu’est-ce qui a fait que j’ai pris un billet pour aller le découvrir me demanderez-vous ? L’envie d’assister à un one man show sympa dans une petite salle lausannoise que je ne connaissais pas encore, le Théâtre Boulimie.

Et de ce côté, j’ai eu ce à quoi je m’attendais : une salle très bien située, à deux pas de la Riponne, pas toute récente, aux spectateurs collés les uns et autres et pas forcément bien assis, à la jauge idéale d’une centaine de personnes, bref, ce que je qualifie de salle parfaite pour assister à un spectacle d’humour tout en ayant une proximité avec l’artiste. Aucun doute, j’y retournerai (surtout que c’est agréable de ne pas avoir plus de quelques minutes de trajet entre chez soi et la salle).

Mais l’intérieur du théâtre, vous vous en foutez probablement, ce qui vous intéresse, c’est le spectacle. Le titre annonce la couleur, Frédéric Recrosio va vous parler de sa vieillesse (toute relative puisqu’il aura quarante ans dans quelques mois), où, pour être plus exact, va comparer sa vie actuelle à celle qu’il menait vingt ans plus tôt à grands renforts de comparaisons et de constatations. Vous l’aurez, il va parler de lui.

Pour se faire, pas de grandes idées de mise en scène avec un déluge d’effets spéciaux, non, Frédéric Recrosio et son metteur en scène Jean-Luc Barbezat ont choisi d’aller à l’essentiel : une table, une chaise, un verre, une bouteille d’eau et deux ou trois cahiers, c’est tout ce qui occupe la scène. Pour rythmer le spectacle, quelques transitions en musique (toujours la même) avec deux ou trois projecteurs qui clignotent. Ca remplit son rôle et c’est tout ce qu’on demande, pas besoin d’en faire des tonnes pour que ça soit efficace.

7_3_tableLe décor… vu depuis la scène (oui, je vous rassure, Frédéric Recrosio ne vous tourne pas le dos pendant le spectacle !)
[photo sans crédit, via la page Facebook de l’artiste]

Passons au texte. Recrosio a une signature, dans ce spectacle en tout cas, puisque je rappelle que je n’ai pas vu les autres : les listes. Ca commence dès l’introduction par la liste des choses qui vous font remarquer que vous devenez vieux : quand tu rentres à 23h le samedi soir pour pouvoir profiter de ton dimanche matin, quand t’utilises une sous-tasse, quand à une dégustation de vin tu recraches, quand tu cherches à refiler le numéro de ton osthéo à tous tes amis parce-que, vraiment, il fait des miracles, quand t’as mal quelque-part sans t’être cogné, etc. Je vais pas “spoiler” toutes ses blagues, mais c’est celles qu’il cite dans ses bande-annonces, alors je me suis permis d’en copier deux ou trois pour vous montrer le talent d’observateur que Recrosio a mis au service de son écriture.

Ces énumérations reviendront souvent tout au long du spectacle. Vous pensez que c’est chiant d’assister à un spectacle Topito-style ? Et bien pas du tout. C’est drôle, toujours, et je suis prêt à parier qu’à chaque fois vous trouverez les listes trop courtes !

Il faut dire qu’entre deux listes il y a des transitions, parfois très drôles elles aussi, parfois plus sérieuses avec des phrases génialement écrites (au contraire de ma phrase, oui, je sais) qui pourraient facilement finir dans un recueil de citations. Vraiment, il y a par moment des pépites d’écriture.

Il y a aussi des moments qui commencent de façon sérieuse (le passage sur la paternité par exemple) et qui finissent en gros n’importe quoi, c’est à dire dans ce cas là par le plus gros délire du spectacle, une scène mimée d’un goût totalement douteux et donc forcément géniale, qui, d’après Recrosio lui-même s’en rendant soudainement compte sur scène, avait eu droit à un peu trop de rajouts ce soir là… et c’est ça que j’adore !

Ca me mène d’ailleurs à parler de mon seul regret à la fin du spectacle : le manque d’improvisation et d’interaction avec le public. C’est vrai, dans une salle si conviviale, j’aurais aimé avec un peu plus de digressions. Mais ça, c’est ce que je disais avant de savoir qu’il y avait un rappel…

7_4_spectacleFrédéric Recrosio assis derrière sa table
[photo sans crédit, via la page Facebook de l’artiste]

Pour ce fameux rappel, Frédéric Recrosio commence par demander à son régisseur d’allumer les lumières de la salle, avant de nous confier qu’il était un peu inquiet au début du spectacle de voir que la moyenne d’âge était trop proche de la sienne, qu’il manquait des jeunes. Je jette un coup d’oeil autour de moi et, effectivement, je dois être le seul spectateur à ne pas dépasser la barre de la trentaine.

Tout en regardant les gens autour de moi, je me rend compte que, sur scène, Recrosio fait exactement la même chose, parcourant des yeux les rangées, une par une. Voyant son regard se rapprocher, je me rend compte que ça va fatalement arriver sur moi… Et ça ne rate pas : “Ah, mais, si, là il y a un jeune, comment tu t’appelles ?”. Et merde !

Je ne pense pas que vous raconter la suite gâcherait quoi que ce soit à votre découverte du spectacle, donc allons-y : la conclusion du one man show consiste à renverser la situation. Alors que, depuis une heure et demi, Recrosio se comparait avec regret aux gens de vingt ans, il finit sur un point positif, en disant en gros qu’à quarante ans il baise mieux qu’à vingt.

Et pendant un loooooooong moment, j’aurai donc droit à des phrases toujours très poétiques (ou presque) du style “Moi, je […], Thibault, lui il […]”. Je n’en dirai pas plus… Il faut préciser que le tout se passe avec les lumières allumées, toute la salle me jetant des petit coups d’oeil. Recrosio ira jusqu’à demander à un homme du premier rang de me prêter sa copine et terminera par une proposition plutôt originale : tous se retrouver après le spectacle sur la Place de la Riponne pour une partouze géante, histoire d’animer les lieux.

Que ça soit clair, bien que je joue la victime, j’ai évidemment beaucoup ri pendant cette fin de spectacle, même que ça aurait été encore plus drôle si c’était tombé sur un autre, évidemment ! Depuis le temps que je vais voir des humoristes, il fallait bien qu’un jour je paie de ma personne… et j’ai de la chance, ne connaissant personne dans la salle, il n’y aura pas de témoins !

En conclusion donc, aller voir le dernier seul en scène de Recrosio, c’est l’assurance de passer un excellent moment sans s’ennuyer une seule seconde, ce qui est plutôt bon signe pour un spectacle qui parle justement du temps qui passe… Comme dit, le texte est parfaitement écrit et très bien équilibré (je suppose qu’il y a eu un gros travail là-dessus). Vous auriez tort de ne pas vous offrir ce bon moment puisque, bien que le spectacle ait déjà beaucoup tourné depuis sa création en début d’année, l’agenda de Frédéric Recrosio reste bien rempli pour les prochains mois, il passera donc forcément près de chez vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *