Les producteurs (livret Mel Brooks, Thomas Meehan / musiques Mel Brooks / mes. Robert Bouvier, Noam Perakis)

Les producteurs
De Mel Brooks (oeuvre originale)
Adapté par Céline Rey, Adrien Gygax, Noam Perakis
Livret par Mel Brooks, Thomas Meehan
Musiques par Mel Brooks (compositeur, parolier), Nadir Graa (direction musicale), Céline Rey (direction vocale)
Mis en scène par Robert Bouvier, Noam Perakis
Chorégraphies par Gilles Guenat, Fabrice Martin (claquettes)
Collaboration artistique avec Laurent Castella (directeur technique)
Avec Xavier Alfonso, Adrien Gygax, Céline Rey, Noam Perakis, Robert Bouvier, Gilles Guenat, Kim Andenmatten, Lionel Blanc, Fabrice Pasche, Jenny Lorant, Marie-Eve Fehlbaum, Cléa Bernal, Zoé Klopfenstein, Martin’s Tap Dance Company, Nadir Graa (musicien), Sébastien Chave (musicien), Michaël Conus (musicien), Aline Alcantara (musicienne), Marc Crofts (musicien), Thibault Martinet (musicien), Aline d’Ans (musicienne), Olivier Kessi (musicien)

Scénographie par Serge Perret
Lumières par Jean-Marc Tinguely

Théâtre de Beausobre, Morges, Suisse
Produit par Compagnie Broadway (producteur, tourneur), Théâtre de Beausobre (organisateur)
Représentation du samedi 6 octobre 2018 à 19h00
Placé en 1ère catégorie (rang R, place 25)
Payé 25 CHF (tarif étudiant)

Une partie du brillant casting au début du spectacle…
[photo de André Bernet, via le Théâtre de Beausobre]

Pour mon premier déplacement à Beausobre de cette saison 18/19, j’avais rendez-vous avec une comédie musicale. Habitué que je suis aux grosses productions de musicals (je commence à en avoir vu beaucoup, que ça soit à Broadway, dans le West End ou dans les tournées internationales de grandes troupes anglo-saxonnes), j’avais un peu peur d’être déçu par une production suisse.

Il faut quand même préciser que j’ai notamment peu apprécié Notre-Dame de Paris à l’Arena – pas de musique live, coeurs enregistrés, artistes soit danseurs soit chanteurs mais absolument pas polyvalents, chorégraphies too much, etc. Bref, pour moi, la comédie musicale c’est à l’anglo-saxonne ou rien.

Ca tombe bien, j’ai l’impression que Noam Perakis, initiateur de cette version des Producteurs, a les mêmes références. J’avais déjà entendu parler de lui comme fondateur de la Compagnie Broadway, troupe qui a monté plusieurs spectacles (principalement au Théâtre de Barnabé d’après ce que j’ai cru comprendre), pas mal tourné et collaboré régulièrement avec la RTS. Jusque là, j’avais un peu idiotement classé Perakis dans la case des passionnés amateurs, et j’étais donc très loin de m’attendre à trouver un tel niveau de professionnalisme !

La comédie musicale choisie pour cette première grande production destinée à partir en tournée de la Compagnie Broadway, c’est “The Producers”, francisée sous le nom “Les producteurs”. J’avoue que je ne la connaissais quasiment pas, alors qu’il s’agit pourtant de l’oeuvre la plus titrée de tous les temps aux célèbres Tony Awards. A l’origine (en 1967) un film de Mel Brooks, la version scénique a fait ses débuts sur Broadway en 2001, avant d’être réadaptée au cinéma en 2005.

Le rideau de Beausobre s’ouvre sur un très joli décor d’entrée de théâtre, un soir de première. Ses employées chantent les premières paroles du spectacle en s’interrogeant sur le succès ou non du nouveau show du producteur Max Bialystock. Verdict ? C’est un flop !

“Funny Boy”, la dernière nouveauté produite par Bialystock, est un flop ; la première se transforme immédiatement en dernière !
[photo de Yves Burdet, via la page Facebook du Théâtre de Beausobre]

A partir de là, notre héros en faillite, complètement désespéré, va un peu par hasard s’associer à son comptable Leo Bloom, qui a eu une drôle d’idée ; chercher des investisseurs, réunir un budget colossal en leur promettant un pourcentage sur les recettes, monter le pire show au monde sans trop dépenser, en faire un échec total et partir avec l’argent, sans avoir de bénéfices à partager.

Les deux compères prennent la tâche très au sérieux lorsqu’il s’agit de trouver “the worst play ever written”. En effet, ils achètent les droits de “Des fleurs pour Hitler” à un auteur nazi vivant avec ses pigeons ! Il s’agit là d’un des grands moments du spectacle, entre les volatiles, l’humour osé, l’acteur en lederhose habité par son personnage, les chorégraphies délirantes et la chanson d’allégeance à Hitler !

Ajouté à un metteur en scène et à des comédiens incapables, notre duo de producteur est sûr de détenir le flop des flops avec cette pièce qui va déclencher un scandale à coup sûr. Evidemment, rien ne va se passer comme prévu…

L’extravagant nazi aux pigeons, un personnage incroyable magnifiquement interprété !
[photo de Yves Burdet, via la page Facebook du Théâtre de Beausobre]

“Les producteurs” est un texte délirant, n’hésitant pas à y aller fort sur les clichés (bimbo suédoise, metteur en scène homosexuel, etc.) et sur la représentation complètement barrée du Troisième Reich. Cela dit, c’est tellement absurde et extrêmement con que le mauvais goût est totalement absent au profit du rire ! Côté musical, il y a ce qu’il faut de mélodies entêtantes et de paroles savoureuses. Bref, le livret est parfait, mais ça, je ne suis pas le premier à le dire…

Qu’en est-il de la version délivrée par la Compagnie Broadway ? Les deux personnages principaux, Bialystock et Bloom (respectivement Xavier Alfonso et Noam Perakis), sont vraiment impeccables. Quasiment toujours en scène, ils tiennent leur rôle avec brio, chantent et dansent très bien, sont excellents acteurs ; c’est un sans faute.

Au rayon des seconds rôles, mention spéciale comme déjà dit pour Adrien Gygax et son interprétation de l’auteur nazi aux pigeons, absolument irrésistible lors de ses chansons allemandes, accent foireux inclus ! Deuxième mention pour Gilles Guenat, le/la secrétaire du metteur en scène, ultra maniéré et étrangement affublé de la coiffure de Nicola Sirkis (!), hilarant du début à la fin.

Autre personnage incroyable dans la galerie de cette comédie musicale, le très légèrement efféminé secrétaire du fantasque metteur en scène et de son équipe délirante
[photo de Yves Burdet, via la page Facebook du Théâtre de Beausobre]

Les autres acteurs tiennent très bien leur personnage eux aussi, même si quelques faux pas peuvent être remarqués, et s’ils n’ont pas tous l’assurance vocale des premiers rôles. Le seul qui m’a semblé un peu en dessous autant au niveau du jeu que du chant est Robert Bouvier, qui interprète l’incapable metteur en scène.

Quant à la mise en scène, aux décors et aux costumes, tout est parfait ! Fou-rire assuré en découvrant les pigeons de notre nazi préféré, marionnettes fabuleusement articulées pour faire 2-3 signes de tête (c’est totalement nul mais absolument génial !).

Très beau moment également, celui où on retrouve Bloom au travail, avant qu’il décide de rejoindre Bialystock pour leur projet fou. L’éclairage est très joli (une constante tout au long du spectacle), la scénographie vraiment bien faite et la progression du tableau excellente.

Les comptables et leur étonnante casquette verte…
[photo de Yves Burdet, via la page Facebook du Théâtre de Beausobre]

Cette scène est l’une de celle où intervient la Martin’s Tap Dance Company aux claquettes, un très bon apport au spectacle. Ses danseurs sont à mourir de rire lorsqu’ils apparaissent déguisés en vieilles à déambulateurs (les défraîchies fortunées que Bialystock est obligé de “satisfaire” pour réunir l’argent)… Les costumes sont absolument géniaux, le jeu très bon, c’est une grande réussite !

Je me rends compte que je n’ai pas encore parlé de l’orchestre – évidemment, comme dans toute comédie musicale qui se respecte, la bande-son est jouée en live ! Les musiciens (très bons) sont placés à l’arrière-scène, sur une estrade. Par d’excellents choix de scénographie, ils peuvent être visibles, cachés ou mi-visibles derrière un rideau de LED faisant partie intégrante du décor. Bien vu !

Au deuxième acte, tout devient encore plus barré, Noam Perakis a pu se permettre les gros moyens niveau costumes, décor et machinerie. Au programme, danseuse-bretzel, mini-tank ou aigle et drapeaux nazis descendant des cintres, sans oublier un passage génial où les danseurs portent des mannequins dans une folle chorégraphie qui, habilement reflétée par des miroirs inclinés placés au-dessus de la scène, forme une croix gammée ! La deuxième partie fait aussi la part belle aux tableaux purement humoristiques, dont l’incroyable casting de l’acteur qui jouera Hitler…

La représentation de “Des fleurs pour Hitler” est un grand moment de créativité – chorégraphies, décors et machinerie, tout est au top !
[photo de Yves Burdet, via la page Facebook du Théâtre de Beausobre]

Vous l’aurez compris, la Compagnie Broadway, Noam Perakis et Robert Bouvier ont réussi leur pari de mettre sur pied une vraie comédie musicale. Déjà reconnue pour ses dialogues, ses chansons et son humour, ils en ont fait un succès grâce à un casting de talent, mené par des rôles principaux irrésistibles. Seul défaut dans ce spectacle, quelques problèmes de son (compréhension parfois un peu difficile et quelques oublis de couper les micros des acteurs une fois leur passage en scène terminé) – au premier acte surtout, ça a été réglé au deuxième. La direction artistique est elle irréprochable, avec des costumes incroyables (les vieilles, les nazis, les bretzels humains, l’entourage du metteur en scène, …), un éclairage très bien géré, un orchestre live et des décors de taille. La mise en scène est excellente, le tout est très rythmé, bref, ce fut un super moment !

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