Magic Délirium (de Eric Antoine, Calista Sinclair, Sébastien Clergue / mes. Etienne de Balasy / avec Eric Antoine, Calista Sinclair)

47_1_affiche

Magic Délirium
De Eric Antoine, Calista Sinclair, Sébastien Clergue
Mis en scène par Etienne de Balasy
Performances magiques conçues par Sébastien Clergue
Avec Eric Antoine, Calista Sinclair

Décors par Artefact
Lumières par Dimitri Vassiliu
Musique par Toma Feterman, Jacques Gandard
Costumes par Catherine Rigault, Atelier MBV

Théâtre Salle Métropole, Lausanne, Suisse
Produit par TS5 (producteur, tourneur), Live Music Production (organisateur)
Représentation du dimanche 2 octobre 2016 à 19h00
Placé en ?ème catégorie (rang Q, place 1)
Payé 75.00 CHF

47_2_casting Eric Antoine et son assistant Bernard, en réalité interprété par sa femme, Calista Sinclair
[photo de Laurent Seroussi, via le dossier de presse]

Impossible de passer à côté du phénomène Eric Antoine, tellement cet hybride entre magicien et humoriste est présent médiatiquement. Assez client du bonhomme, j’ai hésité à aller le découvrir en live lors de son passage à l’Arena de Genève, puis y ai finalement renoncé. La tournée des Zéniths et autres grandes salles terminée, Eric Antoine a adapté son spectacle pour les jauges de type théâtre, l’occasion de nouvelles dates en Suisse. Ayant trop tardé à prendre mon billet pour ses trois premières à la Salle Métropole, c’est à son deuxième passage pour trois représentations supplémentaires dans le théâtre lausannois que je me suis finalement rendu.

Le rideau s’ouvre sur un Eric Antoine dans sa baignoire, faisant tourner ses pieds à 360°. Pas franchement spectaculaire, mais plutôt amusant. Plus tard, c’est un plongeur puis une sirène qui sortiront du bain – tout de suite plus étonnant. Le magicien commande alors un peu de caviar, se fait électrocuter par un toaster tombé dans l’eau et, après que la scène ait été un court instant plongée dans le noir, Eric Antoine réapparait à côté de la baignoire, habillé. Une ouverture de spectacle efficace avec des jeux de mots et traits d’humour bien mauvais (et donc bien géniaux), signature de l’artiste.

Eric Antoine nous introduit alors le thème de la soirée : les croyances. Un fil rouge pour un show de magie, c’est plutôt une bonne idée ! Le seul problème, c’est qu’il s’agit en fait plus d’un prétexte que d’un véritable fil rouge. Le spectacle scénarisé, ça ne sera pas encore pour cette fois…

47_3_bain Le bain d’Eric Antoine, d’où sort beaucoup de monde… A noter qu’on remarque sur la photo (officielle, je le précise) la pièce peinte en noir entre les deux pieds de baignoire blancs, pièce qui cache probablement un faux fond.
[photo de MikelKL, via le dossier de presse]

Pour la scène suivante, Eric Antoine nous emmène dans un décor avec de nombreux tableaux d’illusions d’optique célèbres. Il nous montre aussi un homme assis sur un tabouret, qui reste tranquillement dans sa position même en enlevant tous les pieds du tabouret (illusion un peu passée de mode depuis que des performeurs de rue la présentent dans tous les lieux touristiques du globe…) et ose carrément un tour de bonneteau dont il est assez facile de voir les “trucs”. Autant dire que cette scène est assez bas de gamme.

C’est d’ailleurs le gros souci de ce spectacle ; entre les tours de grande illusion, plutôt spectaculaires (même si clairement pas au niveau des meilleurs magiciens du moment) et bien mis en scène, les transitions sont dignes d’amateurs se produisant devant un public scolaire d’enfants de 5 ans. Non mais sérieusement, le truc du livre aux pages vierges qui, abracadabra, est soudain rempli de texte, il faut pas être bien malin pour comprendre comment ça fonctionne (d’autant que le livre étant très grand, le placement des mains d’Eric Antoine n’est pas super discret). Alors oui, l’idée de la Bible d’abord vierge, puis retrouvant son texte, puis devenant tâchée de sang, c’est amusant, mais ça n’excuse pas le recours à un tour vu 1’000 fois et pouvant s’acheter dans n’importe quel magasin de jouets pour apprentis magiciens…

Summum de la beaufitude, un numéro par écran interposé (ça arrive à quelques reprises durant le spectacle, sans que je n’aie bien compris pourquoi – probablement le temps nécessaire à l’artiste pour se changer) : six cartes sont présentées au public, qui peut chacun en choisir une mentalement depuis son siège. Abracadabra, et voilà le magicien chevelu qui nous montre cinq cartes et une retournée, “celle que vous avez choisie” nous dit-il. Oui, alors, t’es bien sympa, mais il ne me semble pas avoir de don autistique d’observation, pourtant j’ai bien remarqué qu’aucune des cartes que tu nous présentes maintenant n’apparaissait dans la sélection d’origine, et que forcément tout le monde peut donc croire que sa carte est celle qui est retournée… Vraiment décevant.

Pour en terminer avec la catégorie des tours bas de gamme, je vais directement parler du final du spectacle. Eric Antoine fait monter tous les enfants du public sur scène et, devant leurs yeux ébahis, coupe en morceaux la ficelle d’un ballon de baudruche et, oh magie, la répare. Mignon et bien exécuté, mais assez peu spectaculaire pour un artiste renommé remplissant de grandes salles dans toute la francophonie… Après vérification, il s’avère que le final du show original, présenté dans les Zéniths, était bien plus impressionnant (une machine de Rube Goldberg géante), ce qui me laisse la désagréable impression que la version des salles de jauge plus modeste est un peu au rabais – ce qui n’est de loin pas le cas du prix !

47_4_cartes Le gros point noir du spectacle : les tours de carte et autres illusions sorties directement de la panoplie du parfait magicien de repas de famille…
[photo de MikelKL, via le dossier de presse]

A côté de ça, et avant de revenir à la magie, un petit mot sur le jeu d’acteur, très efficace, avec beaucoup d’humour, et loin d’être lassant comme peut le laisser penser ses passages télévisés. Le seul moment qui m’a beaucoup énervé est celui où Eric Antoine confond (involontairement) poids, masse, et densité, résultant en un incompréhensible charabia. Même les Bogdanoff ne sont pas aussi débiles, c’est dire. Rigueur scientifique mise à part, le magicien se permet d’improviser avec son public, prenant également deux ou trois spectateurs comme cible dans la plus pure tradition des humoristes, le tout fait avec talent, un excellent point. Seule fausse note dans le registre comique, les quelques vidéos, pas très drôles. Sinon, c’est du tout bon.

Mais revenons-en à la magie : là où Eric Antoine est le meilleur, c’est dans les tours du type “un spectateur choisit un truc, et paf, je le retrouve”. Premier exemple, une page d’un livre choisie au hasard par un membre du public sans que l’artiste la voie et qui se retrouve d’un coup dans ses mains. Deuxième cas, le tour Ikea : un chariot recouvert d’un drap arrive sur scène, Eric Antoine fait désigner un produit dans le catalogue du magasin suédois à un spectateur, découvre le chariot, sur lequel se trouve un tas de carton… avec l’étiquette du bon meuble. Bon, dans ce cas, le nom du meuble étant prononcé à voix haute et la pile d’emballages me semblant assez haute pour accueillir un homme, j’ai une petite idée du truc utilisé…

Dernier exemple, le plus spectaculaire, qui aurait clairement dû servir de final : le tour Twitter. Deux spectateurs choisissent, par un procédé dont je vois mal où et comment il pourrait être truqué, une personnalité et une ville. Et paf, cette star et cette ville apparaissent sur une photo postée sur Twitter avant le début du spectacle, dans laquelle ne se trouvent pas d’autres possibilités aussi clairement visibles. Là, je ne comprends pas, je suis perdu, enfin !

Autre numéro sympa, dans un style différent : la swag box. Dans celui-ci, Eric Antoine reprend le principe qui l’a fait connaître dans ses derniers spectacles, et qu’il a malheureusement un peu oublié dans Magic Délirium, à savoir présenter un tour super simple, expliquer au public le “truc”… et, à la fin de la démonstration, y intégrer un twist. Redoutablement efficace !

47_5_swag-box La swag box et son esthétique on ne peut plus kitsch !
[photo de MikelKL, via le dossier de presse]

Voilà, tout est dit ! Vous l’aurez compris, ma déception vis-à-vis de ce spectacle vient du fait que j’ai trouvé une explication pour la plupart de tours, ce qui frappe mon ego, mais n’est pas franchement bon signe. Ca n’est certes pas le premier show de magie que je vois, mais je ne pense pas non plus être d’une intelligence redoutable. J’ai l’impression que le “truc” de la plupart des tours que j’ai décrits comme étant bas de gamme, posés là comme si tirés directement d’un spectacle de magicien de centre commercial, sont compris par une bonne partie du public. De plus, le final est décevant et j’ai l’impression, en visionnant par la suite des extraits vidéos de la représentation enregistrée au Palais des sports, que j’ai assisté à une version au rabais adaptée à la va-vite pour la tournée des salles de plus petite capacité. A côté de ça, il reste quelques tours très bien faits (au premier rang desquels le tour Twitter et la swag box), la personnalité charismatique d’Eric Antoine et son humour qui fait mouche. D’ailleurs, c’est la recommandation que je donnerais : ne voyez pas Magic Délirium comme un spectacle de magie, mais comme celui d’un humoriste faisant de la magie. Et c’est dommage, car si Eric Antoine persévérait dans la grande illusion, il pourrait délivrer le mélange magie / humour parfait, quitte à réduire le nombre de tours.

3 réflexions sur « Magic Délirium (de Eric Antoine, Calista Sinclair, Sébastien Clergue / mes. Etienne de Balasy / avec Eric Antoine, Calista Sinclair) »

  1. Timekeeper

    J’ai vu ce spectacle quand il est passé à la télé il y a peu. C’était le premier spectacle d’Eric Antoine que je voyais. J’en arrive exactement à la même conclusion : c’est un spectacle d’humour avec un peu de magie bon marché par dessus. C’est dommage. Ce n’est pas mauvais, mais je croyais qu’Eric Antoine est magicien, et un bon magicien. A priori, de ce que tu dis, ces précédents spectacles étaient bons point de vue illusions.

    Je me suis diverti, j’ai rigolé pas mal… mais j’aurais payé ma place en salle je pense que j’aurais été déçu.

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    1. On Stage Now Auteur de l’article

      Et encore, la version filmée est la version Zénith et non pas la version théâtre. Du coup, comme je le dis dans l’article, il y a la machine de Rube Goldberg et je sais plus trop quelles autres différences qui rendent le tout un peu meilleur.

      Pour ce que je me rappelle de ses précédents spectacles, il n’a jamais été un magicien exceptionnel, mais je n’ai en tout cas pas souvenir de moment où j’ai trouvé des tours vraiment cheap comme dans Magic Delirium. Ses tours avec fausses explications du “truc” (genre swag box) et ses tours de “divination” les plus travaillés (genre tour Twitter) fonctionnent toujours sur moi en tout cas.

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