Non à l’argent (de Flavia Coste / mes Anouche Setbon / avec Pascal Légitimus, Claire Nadeau, Philippe Lelièvre, Flavia Coste)

Non à l’argent
De
Flavia Coste
Mis en scène par Anouche Setbon
Collaboration artistique avec Sophie Gubri
Avec Pascal Légitimus, Claire Nadeau, Philippe Lelièvre, Flavia Coste

Décors par Sophie Jacob
Lumières par Jean-Luc Chanonat
Musiques par Michel Winogradoff
Costumes par Juliette Chanaud

Théâtre de Beausobre, Morges, Suisse
Produit par Arts Live Entertainment (producteur, tourneur), Théâtre des Variétés (producteur), Théâtre de Beausobre (organisateur)
Représentation du jeudi 1er novembre 2018
Placé en deuxième catégorie (rang W, place 20)
Payé 25.00 CHF (tarif étudiant)

Pascal Légitimus, tête d’affiche de la pièce, rare sur les planches mais pas inconnu !
[photo Fabienne Rappeneau, via le dossier de presse]

Direction le Théâtre de Beausobre pour une pièce humoristique au scénario à première vue assez simple ; pour la faire courte, un homme, architecte sans succès et donc peu fortuné, a gagné plusieurs millions au loto – 162 si ma mémoire est bonne. Oui mais voilà, il n’avertit ni sa femme (qui vient d’accoucher de leur premier enfant), ni sa mère veuve, ni son patron et meilleur ami. Pourquoi ? Parce qu’il a décidé de ne pas aller récupérer l’argent… Il les réunit tous ce soir pour leur révéler cette “grande nouvelle”, les deux mois de délai qu’ont les gagnants pour s’annoncer étant passés.

L’homme en question, c’est l’excellent Pascal Légitimus, que je voyais pour la première fois sur scène, très à l’aise dans son rôle d’humaniste bienheureux. Le patron et ami de longue date, c’est Philippe Lelièvre, parfait dans le personnage. La femme, c’est Flavia Coste, auteure de la pièce, qui a repris le poste de Julie de Bona (qui apparaît sur l’affiche ci-dessus) pour la tournée. Elle s’en sort très bien également en épouse colérique malgré son statut de seul nom peu connu de la distribution. La mère esseulée, au caractère bien trempé voir carrément trash et à la bonne descente de vodka, c’est Claire Nadeau, véritable clou du spectacle, impeccable dans les traits de cette veuve aux sorties meurtrières, déclenchant éclat de rire sur éclat de rire.

Le quatuor d’acteurs de la pièce : Pascal “Jackpot” Légitimus, Claire “Killer” Nadeau, Philippe “The Boss” Lelièvre et Flavia “Mother” Coste.
[photo de Raoul Pérez, via le site du théâtre]

Ma principale crainte envers cette pièce, c’était de se retrouver très vite face à un texte qui tourne en rond – vu la relative simplicité de l’argument, il paraît dur de tricoter là autour pendant une heure et demie. Et pourtant, dès le lever de rideau et les dialogues introductifs permettant d’arriver jusqu’à l’annonce fatidique du refus de retirer la somme gagnée, l’aspect rythmé et très bien écrit fait son effet. Certes, il y a bien quelques toutes petites longueurs, mais rien de grave et l’intrigue rebondit toujours suffisamment rapidement pour ne perdre personne – même si, il est vrai, les retournements de situation sont plutôt prévisibles, seul le choix de la fin de la pièce est discutable.

Mieux encore, si les thèmes abordés (le personnage de Légitimus qui juge qu’on n’a pas besoin de billets quand on a l’amour de ses proches, l’idée que les gains sont des richesses volées aux pauvres, la cynique détérioration des relations confrontées à l’argent, etc.) et les questions qu’ils engendrent inévitablement en nous (est-ce que je prendrais la somme, comment je réagirais face à un ami m’annonçant ça, etc.) sont de base très intéressants, les dialogues et répliques cinglantes qui tournent autour sont en plus savoureux et paraissent tout à fait crédibles. Que ça soient les engueulades entre la mère et la belle fille, les discussions sur la supposée homosexualité de l’ami-patron, les interventions par cris interposés du nouveau-né, les blagues sur les contractuelles ou les jeux de mots, tout est bien dosé, sans aucun mauvais goût ni facilité, pour se retrouver au final avec des échanges délectables.

Sur scène, deux étages d’un HLM…
[photo de Raoul Pérez, via le site du théâtre]

Pour une fois un décor de théâtre ne nous montre pas un sublime pied-à-terre des beaux quartiers mais un appartement de HLM plutôt dépouillé. La scénographie représente habilement l’étroitesse des lieux grâce au logement des voisins du dessus dans la pénombre. Quant à la mise en scène, signée Anouche Setbon, elle est simple et efficace, avec du mouvement bien présent et un très bon découpage de l’action.

En conclusion, certes, ça n’est pas l’événement théâtral de l’année, mais dans la catégorie des pièces humoristiques divertissantes “Non à l’argent” se classe incontestablement sur le haut du podium, grâce à un quatuor d’excellents acteurs menés par une hilarante Claire Nadeau bourrée de folie et d’énergie, à un texte bien taillé, une mise en scène maitrisée et des dialogues efficaces parfaitement écrits. Un très bon moment !

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