Bronx (de Chazz Palminteri / mes. Steve Suissa / avec Francis Huster)

Bronx
De Chazz Palminteri
Adapté par Alexia Perimony
Mis en scène par Steve Suissa assisté par Stéphanie Froeliger
Avec Francis Huster

Décors par Jean Haas
Lumières par Jacques Rouveyrollis assisté par Jessica Duclos
Vidéos par Antoine Manichon, Gad Bensimon
Musiques par Maxime Richelme

Théâtre du Léman, Genève, Suisse
Produit par Jean-Marc Dumontet Production (producteur, tourneur), Théâtre de Poche-Montparnasse (producteur), Les Films de l’Espoir (producteur), Uska Productions (organisateur)
Représentation du mercredi 18 septembre 2019 à 20 h 30
Placé en quatrième catégorie sur quatre (rang Z, place 9)
Payé 35,00 CHF (prix adhérent FNAC)

Francis Huster doit être un des acteurs que j’ai le plus vus sur scène depuis que je fréquente les théâtres suisses romands. Pas question de louper son passage par Genève avec Bronx donc, même si j’ai beaucoup tardé à prendre mes places. Et me voilà surpris lorsque j’ouvre la billetterie en ligne : quasiment rien n’est vendu ! Je tente un coup de poker en choisissant la dernière catégorie pour payer moins cher, me disant qu’on nous laissera sûrement aller s’asseoir devant, pour que Huster ne soit pas seul en salle dans son seul en scène. Et effectivement, ça a été le cas, j’ai bien réussi mon astuce de radin !

4 minutes avant le début, depuis ma place initiale…
[photo perso]

Le programmateur de la saison théâtrale monte sur les planches pour nous dire que le peu de monde s’explique par le fait que la soirée ne figurait pas dans l’abonnement annuel. De plus, cette pièce est jouée à Paris dans une toute petite salle (le Théâtre de Poche-Montparnasse), à la jauge prévue pour les “fans d’Huster et de bons textes”. Pas question cependant pour lui d’organiser cette représentation autre part qu’au Théâtre du Léman, d’où cette sensation de vide. Mouais, si c’était prévu d’attirer si peu de public, ils auraient pu ne mettre en vente qu’une partie de la salle au lieu de la diviser entièrement en quatre catégories. A la place des gens qui ont payé leur billet plus de 100 CHF pour se retrouver assis au même endroit que ceux qui l’ont payé 35, je l’aurais un peu en travers de la gorge…

Mais revenons à la pièce. J’ai profité du trajet en direction de Genève pour écouter une interview d’Huster (celui-ci étant plus perché que jamais, c’en était presque gênant !) parlant de ce texte américain, qu’il avait déjà joué en 2012, dans une mise en scène de son fidèle Steve Suissa là aussi, mais entouré d’un autre décor.

L’histoire, autobiographique, est relativement simple. Il s’agit de la vie d’un enfant dans le Bronx des années 60, qui assiste un soir depuis sa fenêtre à un crime perpétré par le mafieux du coin, mais ne dit rien aux policiers venus l’interroger. Le voilà alors tiraillé entre l’admiration pour ce caïd, qui le prend sous son aile et le considère peu à peu comme son propre fils, et son père, chauffeur de bus honnête et travailleur ne voulant pas se retrouver dans l’engrenage de ce milieu malsain.

Enfant, père, mafieux ; Huster endosse tous les rôles.
[photo de Brigitte Enguerrand, via Jean-Marc Dumontet Production]

Le décor est constitué de quelques marches d’escaliers et de deux chaises ainsi que, en arrière-plan, d’un écran (comme souvent dans les mises en scène signées Suissa) percé d’une porte. Soyons clairs, la vidéo est absolument inutile et pas particulièrement jolie, avec en prime des transitions foireuses. L’écran sert cependant à un effet sympathique où Huster joue derrière celui-ci, projeté au public en ombre chinoise. Le problème c’est que, la première fois que le “truc” est utilisé en tout cas, ça n’a pas grand rapport avec l’action du moment…

Autre souci, le plateau du Théâtre du Léman est probablement plus gros que ceux où la pièce est normalement présentée. Résultat, l’éclairage est mal adapté, les distances à parcourir trop grandes et le comédien un peu perdu. Vraiment une drôle d’idée d’avoir absolument voulu faire venir ce spectacle dans cet écrin… Heureusement Huster a du métier et arrive peu à peu à apprivoiser l’espace et à tenir son public.

Quant à son jeu… il fut pour le moins surprenant ! L’impression générale est que l’ancien sociétaire de la Comédie français a décidé de réciter son texte sans virgules, le plus rapidement possible, de façon (trop) nerveuse, en allant jusqu’à marmonner par instant. Dans un monologue ça serait déjà plutôt étrange, mais sur une partition à plusieurs personnages ça rend carrément des moments peu compréhensibles.

Le pire est sûrement l’enfant qui est interprété, lors des dialogues (et heureusement pas pour tous les passages où il est narrateur !), dans un style trop gamin, quasiment caricatural. Alors certes, la technique d’Huster fait qu’on arrive malgré tout à reconnaître la galerie de personnages, malgré les changements à toute vitesse, mais ce débit et les échanges mâchouillés qui vont avec m’ont vraiment intrigué.

Une cravate autour du cou, mais pas de coup de chapeau pour la qualité de la prononciation et du débit…
[photo de Brigitte Enguerrand, via Jean-Marc Dumontet Production]

Reste enfin le texte en lui même, planté dans cet univers à la Scorsese. Il se laisse suivre avec plaisir, même s’il n’a rien d’incroyable ou de véritablement surprenant. C’est bien écrit, la galerie des protagonistes est crédible, la progression toujours présente, accompagnée de quelques petites touches d’humour et bonnes phrases, sur lesquels le jeu en mode TGV d’Huster passe malheureusement souvent trop vite.

Au final, je n’ai pas lâché l’intrigue pendant l’heure et quart de la pièce, ce qui veut dire que c’était quand même plutôt bien. Malgré ça, je ne peux pas m’empêcher d’être déçu, à la fois par la qualité d’interprétation d’Huster, d’habitude tellement meilleure, mais aussi par ce décor très minimaliste utilisant les projections plus comme un gadget que comme véritable dispositif artistique. Impossible de ne pas me dire également que l’ensemble aurait sans aucun doute été plus plaisant dans une salle intimiste. Une soirée en demi-teinte au cœur du Bronx donc.

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