Chant du Gros 2019 – Samedi (Skip the Use, Mass Hysteria, Soviet Suprem, Supertramp’s Roger Hodgson, …)

Festival Le Chant du Gros, Le Noirmont, Suisse
Soirée du samedi 7 septembre 2019
Avec Junior Tshaka, Marc Lavoine, Hera Hare Here, Caballero & JeanJass, Supertramp’s Roger Hodgson, Mass Hysteria, Skip the Use, Soviet Suprem

Jours précédents :

C’est déjà le dernier jour du Chant du Gros… et aussi de la saison festivalière ! Pas question donc de perdre une seule miette de ma vingt-huitième soirée de l’année en festival ; j’arrive au Noirmont avant même l’ouverture des portes. Mon accréditation me permet de rentrer avant tout le monde et de découvrir le site sans spectateurs, une expérience amusante. Je marche jusqu’à la scène Déménage, où Junior Tshaka, l’artiste qui y jouera dans quelques minutes, est occupé à répéter avec ses invités un peu spéciaux…

Peu de monde dans les rangs du public, mais beaucoup plus sur scène !
[photo perso]

Le reggaeman neuchâtelois a en effet convié une chorale de jeunes enfants des écoles environnantes. Sous les yeux de quelques parents, il profite de leur donner très gentiment ses dernières recommandations avant l’heure H.

Celle-ci arrivée (et pendant que Quataraqt, groupe sur lequel je n’ai trouvé aucune info, débute les hostilités au P’tit du Gros), Junior Tshaka commence son concert de façon traditionnelle, avant d’être rejoint par son chœur d’un soir pour le reste de son très court set de 45 minutes. Les enfants ne sont certes pas vraiment mis en avant au niveau sonore, mais le moment est bienvenu pour ouvrir en beauté cette dernière journée du festival ! Pas grand-chose d’autre à dire concernant Junior Tshaka, habitué des lieux. Ses succès (La jungle et Comme un oiseau) sont toujours sympathiques, l’artiste charismatique, mais ça ne sera évidemment pas l’événement de l’édition.

Junior et ses juniors
[photo sans crédit, via le site du festival]

Il est 16 h 45, l’heure du premier créneau de la Sainte scène. Au programme. Marc Lavoine, pour une petite heure de best of. J’avais déjà vu l’artiste sur scène, mais au théâtre, jamais en tant que chanteur. On va pas se mentir, c’est pas le concert que j’attendais le plus, mais le charmeur de la chanson française fait le job pour le public présent au Noirmont.

Il m’arrive de temps en temps d’entendre Lavoine aux Grosses Têtes où je me suis surpris à rire à ses vannes, ce qui fait que j’ai été assez étonné de le voir se prendre quelques jolis vents suite à des transitions à l’humour relativement raté entre deux de ses tubes. Ca en devenait même presque gênant tellement c’était parfois mauvais ! Mieux vaut donc le laisser chanter. Sans surprise, pas de coup de cœur particulier pour ma part, mais au moins je pourrai dire que j’ai entendu Les yeux revolver en live !

La voix de Lavoine en pleine performance…
[photo sans crédit, via le site du festival]

Après Lavoine, il est temps de remettre un peu d’orge au fond du gobelet ! A signaler au passage que le Chant du Gros doit être un des seuls grands festivals suisses (le seul ?) à ne pas encore être passé aux verres consignés… Une pétition circulait en ligne dans ce but et quelques affiches ont été collées par des spectateurs espérant rendre l’événement jurassien plus écolo, à voir si ça portera ses fruits. Par contre, les pailles sont devenues biodégradables ! Avec un peu de chance, les membres de Tryo de passage au Noirmont avec Collectif 13 le jeudi soir auront rappelé aux responsables du festival la signification de “greenwashing” !

Bref, une fois ravitaillé en bière, direction le P’tit du Gros pour quelques minutes de Hera Hare Here, trio garage rock d’origine inconnue, relativement plaisant. Mais il faut bien s’instruire, c’est à dire aller poser un œil et une oreille sur les phénomènes du rap Caballero & JeanJass, qui jouent en même temps sur la scène Déménage.

J’avais bien apprécié leur ami Lomepal découvert au Paléo, mais là par contre je croche absolument pas. La scénographie est bien faite (avec une cabine téléphonique et une voiture en fond de plateau pour abriter le DJ), mais le son réunit une grande partie de ce que j’aime pas dans le rap francophone actuel, aussi bien au niveau musical pur qu’au niveau des paroles, ou en tout cas du peu de ce que j’en ai compris.

Autre problème avec ce duo : je sais toujours pas comment prononcer leurs noms…
[photo de François Melillo, via 20min.ch]

Place à Roger Hodgson sur la Sainte scène, qui a décidé, allez savoir pourquoi, de la recouvrir de… palmiers. Ca fait contraste avec la température locale ! L’ex Supertramp est visiblement heureux de revenir au Noirmont où il avait fait un tabac sept années auparavant. J’avais entendu beaucoup de bien de ce concert que j’avais loupé. A l’époque il était là sous le nom de Roger Hodgson, cette fois c’est en tant que Supertramp’s Roger Hodgson qu’il débarque. Et de l’avis d’une majorité, c’est beaucoup moins bien ainsi.

Je m’attendais à préférer son répertoire à celui du tribute band de Dire Straits la veille, mais ça aura été tout le contraire. La sauce a pas vraiment pris, malgré les tentatives du frontman de se rapprocher de son public, notamment en parlant un très bon français. L’heure et demie réservée au Britannique aura au final semblé bien longue. Dommage.

Après la voiture – DJ, place au clavier à rétroviseur ! J’avoue que je cherche encore l’utilité de la chose…
[photo sans crédit, via le site du festival]

Je m’octroie une pause qui me fera louper les chansons reggae de Broussaï à la scène Déménage et l’afrojazz-punk (du moins c’est ce que j’avais noté lors de mes écoutes préfestival) de L’effet Philémon au P’tit du Gros. Vient alors le moment que la majorité du public attendait : la prestation de Maître Gim’s.

Comme pour Kendji le jeudi, ça fait partie du genre d’artistes que je refuse catégoriquement d’aller voir, pour cause de crime contre la musique (ouais, rien que ça !). Je déambule donc à travers le Chant du Gros, rencontrant de très rares spectateurs s’amusant d’être les “résistants” de la soirée !

Il faut dire qu’il y a de bonnes choses qui se préparent, avec les trois groupes qui m’intéressent le plus de l’édition s’enchaînant coup sur coup. Ca commence par Mass Hysteria sur la scène Déménage. J’avais croisé les Français aux Eurockéennes en début d’été, dans un étonnant concert où le sol était tellement sec et le public agité que la poussière montant de la fosse empêchait carrément de voir les musiciens !

Pas de délires tels du côté du Chant du Gros, mais des artistes en forme et visiblement heureux d’être de retour sur cette scène qu’ils ont déjà foulée, et ce malgré la programmation 2019 au milieu de laquelle ils font quasiment figure d’OVNI ! Qu’importe, les festivaliers suivent, dans une ambiance très familiale, et l’heure de show passera bien vite. Un bon moment !

Quel plaisir d’entendre les guitares s’énerver pour la première fois de la soirée !
[photo de François Melillo, via 20min.ch]

Pendant ce temps, La patronne (DJ de Solange la Frange) officiait derrière les platines du P’tit du Gros. Mais ça n’est pas là que je me dirige. Comme quasiment tous les spectateurs de Mass Hysteria, direction le dernier groupe de la Sainte scène, à savoir Skip the Use. Au passage, c’est le moment d’apprécier le nouveau bar bien caché derrière la régie, encore peu connu et pratique pour se ravitailler vite fait et ne pas louper trop de temps du concert !

Skip the Use donc, de passage au Noirmont pour sa tournée de reformation, après que le leader Mat Bastard ait arpenté les scènes sous son nom durant quelque temps. Seuls deux membres originaux sont encore avec ce qui est, au côté de Shaka Ponk, un des premiers groupes que j’ai suivi… Rien de honteux à l’avouer, je trouve toujours agréables les compositions de la formation. Du tube “Ghost” aux énergiques “Birds are born to fly” ou “Bastard song” en passant par le nouveau titre “Marine” qui remplace la reprise de “Porcherie” dans le registre du moment exutoire, le concert s’enchaîne parfaitement.

D’autant que, si je n’écoute pas leurs morceaux tous les jours, en live c’est particulièrement sympathique et adapté à ce genre de festivals. Sans surprise, Mat Bastard est toujours un showman charismatique et bourré d’énergie, qui ne manquera pas d’aller se promener dans le public. Bref, deuxième bon concert d’affilé !

Il a presque l’air tranquille à voir comme ça, mais c’est loin d’être le cas !
[photo de François Melillo, via 20min.ch]

Mais le meilleur est à venir… Le Chant du Gros nous emmène à l’est pour la clôture de la scène Déménage, avec Soviet Suprem. Je flairais le parfait choix de programmation… Y’a pas mieux pour ce festival que de terminer avec un groupe aussi fou qu’énergique. Et ça aura été au-dessus des espérances grâce à un public complètement déchainé !

Sylvester Staline, John Lénine et DJ Croute Chef ont ainsi pu dérouler leur concert-spectacle à l’univers délirant en alternant bons mots et musiques ultra-dansantes, tout en installant leur dictature au cœur du Suissistan. Après avoir remarqué qu’il y avait bien pire que des dissidents ou des capitalistes dans l’assistance puisque des fans de Maître Gim’s s’y cachaient (le similirappeur en a pris pour son grade !), quelques spectateurs sont montés sur scène pour être envoyés au goulag. Heureusement, le “quart d’heure soviet” a permis à tout le monde de valser dans la bonne humeur, Air Marx aux pieds.

Bref, c’était totalement con, mais absolument génial ! J’avais déjà vu Soviet Suprem deux fois, mais pas dans une ambiance pareille. Malheureusement, les photographes étaient couchés à cette heure (à moins que ça soit la censure qui ait frappée…), donc pas de quoi vous illustrer ce délire. La meilleure clôture de festival possible, et de loin !

Enfin, clôture, pas tout à fait, puisque le P’tit du Gros se lance dans une nuit dédiée à la musique électronique, avec successivement Pavel, Julien Aubert et Hatari. Rien qui ne m’attire particulièrement, si bien que j’ai pris le dernier train pour rentrer chez moi plutôt que de finir la nuit avec les irréductibles du Chant du Gros…

Bilant de l’édition ? Une première soirée qui aura été la plus faible de toutes celles passées dans les festivals cet été, avec deux groupes pas à mon goût (Vanupié et Pascal Obispo), puis Razorlight que j’attendais et qui m’ont relativement déçu. Bonnes surprises le vendredi avec Georgio et The Dire Straits Experience pour se mettre en jambe, suivi d’un sublime enchaînement Bunkr – Ølten au P’tit du Gros, sans oublier Monument.

Et ce samedi pour terminer, avec un début mignon en compagnie de Junior Tshaka, puis un Marc Lavoine que j’oublierai rapidement tout comme le décevant Roger Hodgson. Après un passage à vide est heureusement arrivé le plaisant enchaînement Mass Hysteria – Skip the Use, et bien sûr l’excellent délire final qu’a été Soviet Suprem.

Pas la meilleure édition du Chant du Gros au niveau de la programmation pour ma part, mais quelques très bons moments quand même. Et ce fut une fois de plus un plaisir de se retrouver au Noirmont, dans ce festival à l’ambiance pas comme les autres. Evidemment, je suis obligé de parler de la qualité sonore, toujours aussi décevante. Côté négatif, il y a également les méthodes un peu “vieux jeu” de l’événement, avec ses dizaines de milliers de gobelets plastiques jetables et sa pénible monnaie alternative à l’heure du cashless. C’est d’autant plus dommage que ce sont trois domaines pointés du doigt par pas mal de spectateurs depuis plusieurs années, mais que le festival ne semble rien faire pour améliorer.

Espérons voir des changements l’année prochaine, pourquoi pas assortis à une programmation plus à mes goûts. S’il est au moins possible d’éviter des horreurs du type Kendji ou Gim’s, ça sera déjà ça de pris ! Quoi qu’il en soit, il y a bien des chances que je sois au rendez-vous de mon “festival d’enfance” en 2020 !

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