L’élixir d’amour (de Eric-Emmanuel Schmitt / mes. Steve Suissa / avec Marie-Claude Pietragalla, Eric-Emmanuel Schmitt)

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L’élixir d’amour
De Eric-Emmanuel Schmitt
Mis en scène par Steve Suisse assisté par Stéphanie Froeliger
Avec Marie-Claude Pietragalla, Eric-Emmanuel Schmitt

Décors par Stéfanie Jarre
Lumières par Jacques Rouveyrollis
Création sonore par Maxime Richelme
Costumes par Pascale Bordet

Théâtre de l’Octogone, Pully, Suisse
Produit par Théâtre Rive Gauche (producteur), Lande Martinez Production (producteur, tourneur), Théâtre de l’Octogone (organisateur)
Représentation du jeudi 8 octobre 2015 à 20h30
Placé en première catégorie (rang K, place 15)
Payé 47.00 CHF

30_2_castingLe casting de la pièce, à savoir Eric-Emmanuel Schmitt et Marie-Claude Pietragalla
[photo de Fabienne Rappeneau, via le dossier de presse]

La mode actuel dans le théâtre parisien est de faire monter sur scène des célébrités autres que des acteurs. En l’occurence, dans l’Elixir d’amour, le casting est constitué d’une danseuse révélée au public lambda par sa participation à “Danse avec les stars” en tant que jurée (Marie-Claude Pietragalla) ainsi que d’un écrivain et auteur de théâtre à succès, qui signe aussi la pièce, Eric-Emmanuel Schmitt.

C’est d’ailleurs en tant que “fan” de ses pièces (j’ai adoré Le journal d’Anne Frank et La trahison d’Einstein) que j’ai pris mon billet pour celle-ci, n’étant à la base pas spécialement fan ni de Marie-Claude Pietragalla, ni des pièces romantiques.

Il faut que je commence par préciser qu’il s’agit d’une pièce épistolaire ; il n’y a pas de dialogue entre les deux comédiens, ni même aucun monologue. Tout ce que le spectateur entend, c’est ce qu’Adam écrit à Louise, et ce que Louise écrit à Adam (puisqu’il s’agit de leur nom). Ancien couple, lui est resté à Paris, elle a déménagé à Montréal après leur séparation. La scène est coupée en deux, une toile en fond de scène représentant une moitié de la skyline de chaque ville. Le décor placé devant est très sobre et parfaitement symétrique, à savoir une table et une chaise pour chacun ainsi qu’un banc, placé au centre du plateau et traversant le mur invisible séparant les deux anciens amoureux.

30_3_schmittEric-Emmanuel Schmitt interprète Adam, le “serial séducteur” de la pièce
[photo de Fabienne Rappeneau, via le dossier de presse]

C’est Adam qui ouvre les feux, envoyant le premier mail depuis sa tablette – qu’il maltraitera particulièrement durant la pièce d’ailleurs, pauvre iPad ! Puis, après une sonnerie signalant l’arrivée du mail, Louise répond depuis son téléphone. Si je parle de ces détails insignifiants, c’est que la mise en scène est un peu particulière, Eric-Emmanuel Schmitt jouant de façon réaliste en tapant son texte de ses dix doigts (sans être crédible une seule seconde dans l’exercice d’ailleurs) tandis qu’en face Merie-Claude Pietragalla ne mime pas le moindre geste en nous récitant sa lettre. Heureusement, après quelques échanges, les contraintes de la vie réelle seront abandonnées, les sonneries de téléphone disparaitront et les deux acteurs réciteront naturellement leur correspondance, sans faire semblant de lire ou d’écrire sur un appareil électronique.

Et si j’en venais au texte ? Je ne sais pas si c’est un copier-coller du roman du même titre publié par Schmitt en 2014, mais quoi qu’il en soit, l’histoire, même si plutôt banale et sans rebondissements (la fin est très rapidement prévisible), est amusante à suivre. Adam a le rôle du séducteur invétéré qui a trompé Louise, il est certes romantique mais également un peu désespéré, son métier de psychiatre et ses clients suicidaires ne l’aidant pas à positiver. Au contraire, Louise, avocate,  est plus calme, plus idéaliste et moins dépressive.

La correspondance suit son court, les échanges s’enveniment, chacun raconte à l’autre sa nouvelle vie amoureuse, se confiant plus par envie de rendre l’autre jaloux que par amitié d’ancien couple. Les débats sur le mécanisme amoureux, le fameux “élixir d’amour”, servent de fil rouge à la pièce. C’est définitivement sympathique et mignon à suivre, mais ça manque un peu d’intrigue à mon goût… en même temps, je savais très bien à quoi m’attendre en allant voir ce genre de pièce me direz-vous, et vous avez raison.

30_4_coupleUne photo d’un des rares moments de la pièce où les deux acteurs jouent proches l’un de l’autre
[photo de Fabienne Rappeneau, via le dossier de presse]

A mon sens, pour dynamiser cette histoire romantique très calme et gentille, il aurait fallu une mise en scène originale, mais Steve Suissa a fait le choix de rester dans quelque-chose de vraiment classique. Chacun de leur côté, les personnages sont assis derrière leur bureau, ou côte-à-côte sur le banc mentionné il y a quelques paragraphes. A une seule reprise ils se mettent dos-à-dos, sans paroles, un moment intéressant qui aurait pu être mieux amené à mon avis. La vraie scène réussite de la pièce du point de vue de la mise en scène est, selon moi, celle où Adam raconte sa sortie à l’opéra avec sa nouvelle conquête tandis que, à l’extrême opposé du plateau, Marie-Claude Pietragalla esquisse quelques mouvements de danse.

Quand au jeu des acteurs, malgré le fait que ce ne soit pas leur métier, ils sont tous les deux irréprochables, débitant le texte d’une voix très calme et agréable, à la prononciation parfaite. Si le travail sur la mise en scène n’a pas dû être très compliqué à faire, leur boulot sur la diction est lui bien visible.

Voilà donc ce que j’avais à dire sur cette pièce, à la mise en scène et au décor manquant clairement d’éclat, ce qui est bien dommage pour servir un texte autant calme que celui-ci. Cela dit, le public sait pour quoi il paie, à savoir un échange épistolaire romantique, et de ce côté le contrat est rempli, l’histoire d’amour des deux protagonistes arrivant à nous embarquer pendant une petite heure et demie. Le tout est très bien écrit, avec quelques touches d’humour et de belles trouvailles poétiques. Quand aux acteurs, ils font leur travail et nous présentent un couple parfaitement crédible. En résumé, je n’ai pas de gros point négatif, je crois juste que ce genre de pièce n’est pas celui que je préfère. A réserver aux amateurs, donc.

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