Sans filtre (de Laurent Baffie / mes. Laurent Baffie / avec Laurent Baffie, Pascal Sellem, Jean-Noël Brouté, …)

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Sans filtre
De Laurent Baffie
Mis en scène par Laurent Baffie assisté par Sonia Sariel
Avec Laurent Baffie, Pascal Sellem, Lola Marois Bigard, Jean-Noël Brouté, Karine Dubernet, Carine Ribert, Daravirak Bun

Décors par Juliette Azzopardi
Lumières par Thierry Alexandre
Costumes par Pauline Gallot

Théâtre de Beausobre, Morges, Suisse
Produit par Théâtre Fontaine (producteur), Gérard Louvin Productions (producteur), Pascal Legros Productions (producteur, tourneur), RECS Prod (producteur), Théâtre de Beausobre (organisateur)
Représentation du jeudi 14 janvier 2016 à 20h00
Placé en première catégorie (rang T, place 17)
Payé 54.40 CHF (abonnement 14-17 spectacles au Théâtre de Beausobre = -20%)

42_2_castingLe casting de la pièce : Carine Ribert, Caroline Anglade (remplacée le temps d’un congé maternité par Lola Marois Bigard), Pascal Sellem, Laurent Baffie, Jean-Noël Brouté, Karine Dubernet et Daravirak Bun
[photo sans crédit, via le dossier de presse]

En entendant parler depuis quelque temps, notamment dans les Grosses Têtes, j’étais impatient de découvrir par moi-même la pièce de celui dont la répartie et les bons mots sont inégalables (je dis ça juste pour ne pas utiliser le terme “sniper” comme tout le monde), Laurent Baffie. Je précise que c’était la première fois que je le voyais sur scène, bien que j’aie déjà découvert sa pièce “Les bonobos” en vidéo.

La situation de départ est on ne peut plus simple : le personnage qu’incarne Laurent Baffie se rend chez un psy puisqu’il est atteint d’une étrange maladie. En effet, il n’a plus de filtre, dit à tout le monde tout ce qu’il pense, sans aucune retenue possible, ce qui est évidemment invivable au quotidien. Et il ne le dit pas de façon honnête mais polie, non, son langage est un peu plus fleuri que ça…

Le psychologue se révèle être une caricature de la profession : il est moche, a mauvaise haleine et est surtout incapable de faire quoi que ce soit pour son patient. Il partage son cabinet avec plusieurs autres spécialistes, à savoir sa femme (neurologue plutôt sexy), mais aussi un chirurgien bling-bling à l’intelligence flirtant avec le néant, une kinésithérapeute musclée et autoritaire, une pédiatre tellement enfantine qu’elle est à la limite du handicap mental et finalement un acupuncteur chinois hébergé “en attendant qu’il trouve une solution”. Tout ce beau monde viendra tout à tour rejoindre les autres dans le cabinet, donnera son avis, s’engueulera, jusqu’à provoquer un bordel digne d’une pièce de boulevard.

42_3_diagnosticLa neurologue (ici jouée par Caroline Anglade et non pas par Lola Marois Bigard comme à Morges), le psy et le chirurgien confrontent leur diagnostic, sous les remarques acerbes du personnage de Baffie !
[photo sans crédit, via le dossier de presse]

Et alors, c’est bien ? L’histoire en elle-même est très agréable à suivre, bien écrite, avec un sujet original et un petit arrière-fond sérieux (la dénonciation des professions médicales). Le rythme ne ralentit pas et l’humour est omniprésent – le texte enchaîne littéralement vanne sur vanne. Il faut également signaler qu’il y a une véritable progression dans l’histoire, sans situations prévisibles qui s’éternisent, sans délires tellement invraisemblables qu’ils perdent le spectateur, non, de ce côté-là c’est une réussite.

Quant à l’humour, le public sait évidemment à quoi s’attendre : c’est du Baffie à 300 %. Il se pisse dessus, insulte tout le monde, fait part une bonne vingtaine de fois de son envie de se taper la neurologue, un des membre du corps médical boit son échantillon d’urine par erreur, les médecins sont surpris s’envoyant en l’air en ombre chinoise derrière le paravent, bref, la surenchère dans la connerie est totale et c’est bien évidemment ce que j’attendais de cette pièce ! C’est à ce point vulgaire et puéril que le public rit encore plus tellement il a honte de rire à ce genre de blagues, c’est dire le niveau !

Même si je suis très bon client de ce style d’humour (qui, bien qu’ “enfantin”, est très bien écrit, c’est important de le signaler), il est vrai qu’un peu plus de vannes allant chercher dans un autre registre ne feraient pas de mal à l’ensemble, et créeraient probablement un contraste intéressant. Les deux-trois gags visuels et jeux de mots sont d’ailleurs des bons moments. A part ça, vous l’aurez compris, j’ai adoré le texte, qui est sans hésitation aucune ce qui se fait de mieux dans le genre. Baffie a ce talent rare qui permet de faire passer les vannes de cul et les insultes sans sombrer dans le mauvais goût ridicule.

42_4_echantillonSanté…
[photo sans crédit, via le dossier de presse]

Pour défendre un texte pareil, il faut des comédiens bien particuliers, et Baffie a eu fin nez pour s’entourer d’une équipe de rêve. Deux d’entre eux excellent spécialement : Pascal Sellem en chirurgien pied-noir séducteur détestable et Jean-Noël Brouté dans le rôle du psy coincé et maltraité par ses collègues. Karine Dubernet est géniale en kiné totalement folle tandis que Lola Marois Bigard, qui remplace Caroline Anglade partie en congé maternité, endosse probablement le rôle le moins excentrique, qu’elle tient cependant plutôt bien. Carine Ribert interprète la pédiatre parlant à tout le monde comme à un enfant de deux ans en en faisant des tonnes. Puisque c’est la seule à surjouer, ça passe finalement pas trop mal. Je laisse de côté Daravirak Bun, qui fait ses débuts sur les planches dans un tout petit rôle (et s’en tire honorablement), pour parler de la tête d’affiche Laurent Baffie. S’il est plus auteur et chroniqueur qu’acteur, il se débrouille très bien sur scène… en jouant son propre rôle. Eh oui, lui et son personnage ne font qu’un, ton nonchalant compris.

L’équipe dégage un gros charisme, une impression d’entente parfaite et de plaisir de jouer, ce qui est toujours bon signe. Ils sont sympathiques et naturels, c’est incontestable, et ça donne une envie folle de poursuivre la soirée au bar en leur compagnie (surtout lorsqu’on entend Baffie raconter à la radio ses talents de barman…). Signe de leur joie d’être en tournée, ils ont adapté le texte en disant “septante-cinq”, sans se tromper une seule fois en repassant à “soixante-quinze”. A la fin de la pièce, Laurent Baffie a d’ailleurs remercié Beausobre en le citant comme un des théâtres délivrant le meilleur accueil (d’où un regret supplémentaire de ne pas avoir assisté à l’after au bar des artistes !), ce qui me donne presque envie d’écrire qu’en plus d’être naturel, ce casting est honnête.

Sauf que… j’ai l’impression d’avoir été “trahi”. Je m’explique : en cherchant des photos pour illustrer cet article, je suis tombé sur l’enregistrement de la pièce diffusée il y a quelques semaines sur Paris Première. Mon intuition m’a fait vérifier quelque chose… A Morges, Baffie a craché par erreur sur Jean-Noël Brouté (oui, oui), ce qui a débouché sur un fou rire et quelques secondes d’impro (“on joue cette pièce depuis des mois, on arrive en Suisse, tu te décales de trois centimètres et voilà, tu le prends dans la gueule !”). Et comme par hasard, dans l’enregistrement, Baffie crache aussi sur Brouté. Et comme par hasard, ensuite ils partent en léger fou rire. Et comme par hasard, Baffie lui dit “on joue cette pièce depuis des mois, tu te décales de trois centimètres et voilà, tu le prends dans la gueule !”. Il n’y a rien que je déteste plus que les faux fous rires, dont Jérémy Ferrari est un spécialiste et les Chevaliers du Fiel des professionnels hors catégorie. Un fou rire c’est un moment d’honnêteté et de partage avec le public ; un faux fou rire c’est de la tromperie malhonnête. J’ai vraiment trouvé ça décevant.

42_5_pediatre“Les faux fous rires c’est pas bien Monsieur Baffie !”
[photo sans crédit, via le dossier de presse]

Pour passer vite fait sur la mise en scène, je dirais qu’elle n’est pas spécialement inventive, mais dynamique et claire. Le décor est lui imposant et sublime, même qu’il ne correspond pas franchement à un cabinet médical, il faut être honnête. Sérieusement, la “perche de feu” c’est bien sympa pour donner de l’énergie à la mise en scène, mais je ne suis pas sûr que ça se retrouve dans beaucoup de bureaux de psychologues !

Nous voilà arrivés au moment de la conclusion. “Sans filtre” est un spectacle qui divise, entre amateurs d’humour gras souvent placé en dessous de la ceinture et âmes sensibles choquées par la vulgarité. C’est con à dire, mais seuls les fans de Baffie dans ses apparitions médiatiques devraient assister à la pièce afin d’éviter d’être surpris en mal. Pour ma part, j’adore l’humour de ce génie de la répartie qui ose tout, et j’ai donc passé une super soirée à beaucoup rire, entre amusement et honte de rire de blagues pareilles ! Mais si les vannes sont limites enfantines, il faut bien préciser que le texte ne l’est pas. Au contraire, il est bien meilleur que n’importe quelle pièce de boulevard, avec une belle progression dramatique et un vrai fond. Le casting entourant Baffie, enfermé dans son propre rôle, est exceptionnel, avec une mention pour les deux autres hommes. Le décor est magnifique, la mise en scène agréable. Mon seul regret vient de ce fou rire qui m’a beaucoup déçu lorsque j’ai découvert qu’il n’était pas naturel, mais présent chaque soir… A part ça, c’était du tout bon !

Une réflexion au sujet de « Sans filtre (de Laurent Baffie / mes. Laurent Baffie / avec Laurent Baffie, Pascal Sellem, Jean-Noël Brouté, …) »

  1. debucquoy marie-france debucquoy

    Bonsoir ,merci pour cette belle et bonne pièce ,j’ai bcp rigolé et cela fait bcp de bien ,malgrè un son ,chez moi ,pas tjrs évident ,mais comme j’enregistre ,j’ai repassé les séquences (pas vive laTNT).Bravo LOLO,et les autres ,le Psy…….un génie .Laurent ,je ne vous aime pas sur la 8,mais, je sais que vous ne m’aimez pas .On est quitte!!!!!!!!!
    VITE D’AUTRES PIECES DE THEATRE A NOUS DONNER ,car les programmes de notre TELOCHE sont moches …………..moches…………..moches .Heureusement ,que les livres en papier existent et la musique classique .
    Un gros bisous d’une vieille folle .

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