Confidences sur pas mal de trucs plus ou moins confidentiels (de Arnaud Tsamere, François Rollin, Arnaud Joyet / mes. François Rollin, Arnaud Joyet / avec Arnaud Tsamere)

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Confidences sur pas mal de trucs plus ou moins confidentiels
De Arnaud Tsamere, François Rollin, Arnaud Joyet
Mis en scène par François Rollin, Arnaud Joyet
Avec Arnaud Tsamere

Théâtre de Beausobre, Morges, Suisse (dans le cadre du festival Morges-sous-rire)
Produit par 20h40 Productions (producteur, tourneur), Troyes dans l’Aube Prod (producteur), Festival Morges-sous-rire (organisateur)
Représentation du vendredi 5 juin 2015 à 21h30
Placé en (pas de catégorie, rang M, place 26)
Payé 48.00 CHF

24_2_tsamereNiveau photo de presse originale, Arnaud Tsamere fait fort…
[photo de Pascal Ito, via le dossier de presse]

Ah, Arnaud Tsamere… Vous ne serez pas surpris d’apprendre que je l’ai découvert dans la géniale émission de Laurent Ruquier qu’était “On n’demande qu’à en rire” avant de voir son one man show précédent, “Chose promise”, du côté de Paris. Un spectacle génialement écrit et interprété, au point que je l’ai revu une deuxième fois quelques mois plus tard. Autant dire que j’attendais son nouveau seul en scène (au nom au rallonge, comme vous l’aurez remarqué) avec impatience.

Pour se faire, direction Morges et son festival Morges-sous-rire où, durant plus d’une semaine, jusqu’à six spectacles différents sont présentés chaque soir dans trois salles différentes. Tiens, mais quel est donc cette voiture immatriculée Appenzell Rhodes-Intérieures (ouais, rien que ça) qui me passe devant alors que j’arrive tranquillement sur le site du festival ? Oh, un certain Arnaud Tsamere est à l’intérieur !

Bref, le temps de le laisser prendre possession de sa loge tandis que Chevallier & Laspalès terminent leur spectacle, joué à 19h00 dans les murs du même Théâtre de Beausobre, direction la sympathique partie extérieure du festival. Un endroit remplis de stands servant toutes les spécialités culinaires possibles, le tout accompagné d’un bar avec de vrais bonnes bières (ça aide d’avoir Amstein dans la liste des sponsors !) et des caïpirinhas maison, que rêver de mieux ? Mais si j’en venais au spectacle, mmmh ?

24_3_decorSeul élément de scénographie, un support noir avec un grand verre d’eau
[photo tirée de la bande annonce du spectacle]

Je le dis d’entrée, Arnaud Tsamere rate… son entrée. C’est mou, c’est mal mis en scène, bref, c’est loupé. Suite à ça, il débute assez mollement avec quelques vannes faciles, puis il nous explique qu’une étude dit que les gens rient beaucoup trop, qu’il se sent concerné par le problème en tant qu’humoriste et qu’il va donc faire un spectacle pas drôle pour compenser notre surplus de rire. Comment va-t-il se débrouiller pour ne pas nous faire rire ? En parlant de lui. Voilà une grosse différence avec “Chose promise”, dans lequel l’humoriste incarnait du début à la fin un prof d’économie jouant le spectacle de son meilleur ami décédé. Ici, Tsamere est Tsamere pendant une heure et demi et se rapproche donc du style du stand-up.

Après cette introduction, c’est parti : Arnaud Tsamere emmène le public dans son monde complètement fou, absurde, débile mais assurément génial. Il nous raconte ainsi qu’il n’aime pas être emmerdé, en prenant pour exemple un trajet en bus durant lequel son voisin lui a collé des baffes sans discontinuer. Il nous explique qu’il dit ce qu’il pense… sauf lorsqu’il sait que quelqu’un ne va pas être d’accord avec lui. Puis il dit qu’il aime la chanson et le voilà parti dans la première séquence d’une de ses spécialités : le comique de performance. Durant plusieurs minutes, il va imiter (le mot est fort cela dit !) les chanteurs qu’il apprécie. C’est totalement con et parfaitement ridicule, mais c’est surtout très très drôle !

Le voilà le parti pris de Tsamere dans ce nouveau one man show : tenter de jouer un spectacle pas drôle et finir par faire de l’anti-humour à un tel point que ça en devient plus drôle que de l’humour banal. Et pour se faire, il est prêt à n’importe quelle connerie… Répéter pendant plusieurs minutes sur différentes intonations le mot “baldaquin”, sortir une caisse à outils pour réparer le seul élément de décor sur scène, faire interragir deux lapins en utilisant ses doigts, discuter avec un paperboard, utiliser des déguisements d’un ridicule rarement atteint, il ose tout !

24_4_perceuseArnaud Tsamere en mode bricoleur : il fait aller sa visseuse pendant plus de trente secondes et finit par dire “je crois qu’elle fonctionne”… et puisque le public est autant con que lui, il rit (et moi avec) !
[photo de Laura G., via la page Facebook du festival]

Le style d’Arnaud Tsamere est un humour très casse-gueule pour lequel il faut un véritable talent d’interprète, sans que j’arrive à précisément définir lequel, d’ailleurs. Non mais sérieusement, vous oseriez, vous, monter sur une scène pour tenter de faire rire 800 personnes en ayant pour seul texte “baldaquin” répété à l’infini ?

Cela dit, outre ces moments de virtuosité tsameresque, l’humoriste use aussi d’artifices plus classiques. Les interactions avec le public sont merveilleusement gérées, sons sens de l’improvisation étant très bien mis à contribution. Il faut dire qu’il était ce soir là particulièrement en forme… Après quelques minutes de spectacle, remarquant une spectatrice s’en aller aux toilettes, il l’a suivie, a continué le spectacle depuis le hall du théâtre, est revenu dans la salle et a décidé d’attendre son retour, partant en roue libre pendant de longues minutes, un moment plutôt jouissif !

Autre classique des humoristes utilisé par Tsamere, les références et jeux de mots en-dessous du niveau de la ceinture. Je suis plutôt bon client de ce genre de vannes bien grasses, mais ça n’est là clairement pas sa spécialité et ça tombe souvent à plat. Un peu dommage.

24_5_artistiqueLe style de Tsamere, c’est l’improvisation, l’absurde, les performances et l’idiotie, pas les vannes de cul !
[photo de Laura G., via Laura G. Photography]

Le moment le plus marquant du dernier spectacle de Tsamere était sans hésitation son vaudeville à la bonne dizaine de personnages, joués les uns après les autres à toute vitesse, déboulant sur un scénario autant absurde qu’incompréhensible. L’humoriste a apparemment voulu replacer une séquence du genre dans son nouveau spectacle (et il a plus que raison de le faire !), c’est donc ici le final qui a droit à ce traitement, scène dans laquelle tous les personnages rencontrés durant le spectacle se rejoignent dans un joyeux méli-mélo. En plus de la performance d’acteur, c’est assez surprenant de voir qu’il se rappelle de toutes ses histoires du soir, tellement j’avais parfois l’impression qu’il était en impro totale durant le spectacle !

Ce qui me fait penser que si la plupart du temps il part effectivement dans de longues digressions improvisées, il lui arrive également de simuler un imprévu pour placer un enchaînement, voire même, à un moment, de faire semblant de partir en fou rire, et c’est tout ce que je déteste. Je le reproche d’ailleurs beaucoup à son collègue Jérémy Ferrari, qui utilise cet effet du faux fou rire toutes les trente secondes à me donner envie de lui retourner des paires de baffes. C’est malhonnête, ça se remarque et ça passe vraiment mal.

Bref, je vous disais que cette séquence multi-personnages était le final ; j’ai un peu menti… Mais j’ai bien fait, parce que le véritable final est nul. Un effet de mise en scène raté et un peu risible, un noir, la salle applaudit quelques secondes, Tsamere revient, sans jouer avec le public il repart direct dans un “rappel”, balance quelques vannes, dit merci, la scène s’éteint, la salle se rallume. Pas de musique, pas d’ambiance, rien, tout comme l’entrée en scène, c’est loupé. Le sens du spectacle, il (ou son metteur en scène) ne l’a pas.

24_6_finalEn photo ça ne rend pas trop mal, mais je vous garantis qu’en vrai le final est raté.
[photo tirée de la bande annonce du spectacle]

La conclusion, je vais la faire en comparant son ancien spectacle “Chose promise” à “Confidences sur”… enfin, au nouveau spectacle. Là où “Chose promise” était un bijou d’absurde et de folie parfaitement dosés, le nouveau l’est aussi. Là où “Chose promise” avait un vrai fil rouge très original et une belle mise en scène, le nouveau a en fait une simple introduction prétexte à un classique one man show d’une heure et demie. Là où “Chose promise” faisait interagir par moment Tsamere et son public, le nouveau repose beaucoup plus là-dessus et sur les talents d’improvisation de l’humoriste, une bonne chose. Là où l’interprète de “Chose promise” était au top niveau, il confirme son statut d’excellent acteur dans ce nouveau spectacle mais déçoit avec quelques vannes faciles et un faux fou rire énervant. Bref, c’est ni mieux, ni moins bien, c’est drôle, très drôle, c’est un humoriste à nul autre pareil et c’est à voir impérativement !

2 réflexions sur « Confidences sur pas mal de trucs plus ou moins confidentiels (de Arnaud Tsamere, François Rollin, Arnaud Joyet / mes. François Rollin, Arnaud Joyet / avec Arnaud Tsamere) »

  1. Julie404

    J’ai eu l’occasion d’assister à Confidences sur pas mal de trucs… début juin à Belley -01, France- (mon tout premier spectacle de Arnaud Tsamère).

    Je suis assez curieuse suite à ta brève description de l’entrée. A Belley, nous avons dû attendre activement plus de 20 minutes avec un Tsamère à “bout de nerfs”, le temps que tous les retardataires arrivent. (il y en avait tellement que je me suis demandée si certains membres du public n’étaient pas malgré eux de mèche dans la mise en scène).
    Peux-tu m’en dire plus sur la “mollesse” de son entrée tu as constaté de ton côté ?

    Ton article me confirme bien que Arnaud saute sur la moindre occasion pour user de ses recettes (réussies !) d’improvisation.
    J’apprécie en tout cas sa faculté à nous jouer une conférence egocentrique qui nous plie en quatre. Comme tu l’as écrit, c’est son dosage du sérieux et du ridicule qui créé la magie de son spectacle. On reconnait bien là, la patte de Maître Rollin.

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    1. thibratschi Auteur de l’article

      Merci pour le commentaire :).

      Pour la mollesse de l’entrée, c’est surtout que presque tous les humoristes (et j’ai en vu 9 en une semaine dans le cadre de ce festival, donc ça se vérifie) font une entrée avec une musique entraînante qui chauffe la salle 30 secondes avant qu’ils apparaissent, arrivent plein d’énergie, jouent avec le public et balancent quelques bonnes vannes pour commencer. Comme on entend toujours dire, ce sont les cinq premières minutes les plus importantes du spectacle.
      Au contraire, l’entrée de Tsamere est tout sauf spectaculaire, pas d’énergie, pas de jeu avec le public, rien, il arrive simplement tranquillement depuis les coulisses et commence par quelques vannes un peu faiblardes. Pour être honnête, j’arrive même plus à dire s’il y avait de la musique ou pas tellement c’était insignifiant.
      Bref, c’est un peu dommage d’avoir oublié de travailler l’entrée et le final je trouve. Dans “Chose promise”, l’entrée était aussi assez molle, mais ça se comprenait puisque Tsamere était dans la peau d’un prof d’économie montant sur scène pour la première fois. Dans ce nouveau spectacle, à mon sens ça ne se justifie pas.

      C’est intéressant ce que tu dis sur son côté “à bout de nerfs” quand quelque chose se passe mal dans le public. La première fois que je l’ai vu, à Paris, il y avait un groupe de scolaires dans la salle, au comportement assez peu discret, et on sentait Tsamere complètement déstabilisé. Autant il est doué pour improviser sur certains événements, autant il a du mal à gérer ces quelques petits dérangements j’ai l’impression.

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