S’il se passe quelque chose (de Vincent Dedienne, François Rollin, … / mes. François Rollin, Juliette Chaigneau / avec Vincent Dedienne)

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S’il se passe quelque chose
De Vincent Dedienne, François Rollin, Juliette Chaigneau, Mélanie Le Moine
Mis en scène par François Rollin, Juliette Chaigneau
Avec Vincent Dedienne

Scénographie par Lucie Joliot
Lumières par Anne Coudret

Théâtre Café-Théâtre (au Théâtre de Beausobre), Morges, Suisse (dans le cadre du festival Morges-sous-Rire)
Produit par Ruq Spectacles (producteur, tourneur), Festival Morges-sous-Rire (organisateur)
Représentation du samedi 6 juin 2015 à 19h00
Placé en (placement libre)
Payé 28.00 CHF

25_2_casting Puisque c’est probablement le premier humoriste qu’on ne voit pas sur l’affiche de son spectacle, le voici, Vincent Dedienne !
[photo de Louise Rossier, via le site de l’artiste]

Après Michaël Gregorio et Gaspard Proust, Laurent Ruquier a décidé en 2014 de produire un troisième humoriste par le biais de sa société Ruq Spectacles : Vincent Dedienne. Devenu depuis médiatisé par ses passages dans “Le supplément” sur Canal +, l’humoriste passait par le café-théâtre provisoirement aménagé dans le Théâtre de Beausobre durant le festival Morges-sous-Rire. Etant en général assez client des artistes révélés par Laurent Ruquier, j’ai pris mon billet sans hésiter.

A signaler que le café-théâtre du festival a beau être de capacité modeste, la scène est elle de taille tout à fait normale et permet de présenter les spectacles accueillis dans des conditions parfaitement normales (non parce que les café-théâtres avec une scène faite de trois bouts de bois éclairés par quatre projecteurs qui pendent du plafond, c’est sympa mais bon…).

Le spectacle commence dans le noir, avec une voix féminine répondant vraisemblablement à une question d’un journaliste du style “faites-moi votre autoportrait”. Je n’ai pas réussi à identifier la voix sur le moment, Internet me souffle qu’il s’agit de celle de Marguerite Duras. En simultané, la lumière commence à éclairer la scène et le public découvre Vincent Dedienne assis par-terre, nu. Seuls éléments de décor, un porte-habits d’un côté, un écran blanc de l’autre. L’interview se termine, une petite musique se fait entendre tandis que Dedienne se lève et s’habille.

25_3_nuit Une fois habillé, l’humoriste peut commencer son spectacle…
[photo de Laura G., via la page Facebook du festival]

Bon, s’il veut commencer son spectacle nu, pourquoi pas, mais j’avoue que je ne comprends pas bien la signification du mélange Marguerite Duras + nudité… Le soir d’avant j’assistais au spectacle d’Arnaud Tsamere dans ce même festival et je critiquais son entrée en scène. Celle de Vincent Dedienne est totalement différente mais pas franchement plus convaincante.

Après ça, l’humoriste enchaîne sur une présentation personnelle avec un débit très rapide, se décrivant de façon assez amusante, entre détails futiles et informations plus privées telles son adoption ou la mention de son homosexualité. Se faisant, il nous explique qu’aujourd’hui nous ne sommes pas là pour voir un one man show, mais pour qu’il nous raconte comment il en est venu à monter sur scène. L’écriture est bonne, le rythme très surprenant mais convaincant, bref, ça rattrape largement l’entrée un peu trop conceptuelle.

Malheureusement, la suite du spectacle ne sera constituée que de moitié de ce style de stand-up très personnel, au débit et au ton inimitable. L’autre moitié ? Des sketchs d’un niveau que j’irais presque jusqu’à qualifier de catastrophique. En effet, il est impossible de distinguer les différents personnages qu’il y interprète, ce qui est pour le moins embêtant. Pire, il brise sans arrêt le quatrième mur en sortant de ses personnages pour jouer Vincent Dedienne s’adressant à son assistante imaginaire, ce qui rajoute à la confusion de la situation. Comme si ça ne suffisait pas, le texte est faible et les vannes inexistantes. En résumé, j’ai trouvé ces sketchs interminables et soporifiques.

25_4_sketch Le temps de passer un costume et Vincent Dedienne se lance dans un sketch, pour le plus grand malheur du public
[photo de Julien Benhamou, via le site de l’artiste]

Il faut savoir également que ces scènettes (parmi lesquels se trouvent les confidences d’une vieille actrice, les premiers cours de théâtre de Vincent Dedienne, son expérience de vendeur de jeux de société, une visite au Pôle Emploi, etc.) ne sont pas amenées de façon logique par le stand-up, c’est plutôt du style “tiens, et si je vous faisais un sketch ?”. Puis, une fois celui-ci terminé, Dedienne s’amuse à chaque fois en remarquant que son spectacle ressemble de plus en plus à un one man show, qu’il disait ne pas vouloir faire lors de l’introduction. Comme pour l’entrée nu, j’avoue que je ne comprend pas où il veut en venir avec ce type de réflexions.

Que ça soit lors des moments de stand-up ou lors des sketchs, il est possible de reconnaître deux styles différents dans l’écriture. Il y a celui de Rollin, co-auteur du spectacle, qui place quelques beaux moments d’absurdité malheureusement trop rares. Je donne comme exemple les fiches pour rappeler à l’humoriste comment respirer au cas où il serait trop stressé ou l’idée de mise en scène géniale consistant à transformer le public en jeu de société “Qui est-ce ?” géant. Quand au deuxième style (celui de Dedienne ou d’une des deux autres co-auteures), il s’agit d’une écriture poétique référencée. Il me semble en effet avoir reconnu quelques extraits de vers célèbres – j’en ai probablement loupé des dizaines, et je ne devais pas être le seul vu le peu de réactions lors ce ces moments.

Outre ces deux genres de one man show et ces deux styles d’écriture, le spectacle a également recours à la vidéo et aux extraits audio, par exemple pour diffuser l’opinion d’Alice Saptritch sur l’homosexualité, pour nous montrer les premiers pas de Vincent Dedienne sur scène à 14 ans ou encore pour faire admirer au public celle qui lui a donné envie de faire ce métier, Muriel Robin, dans son sketch culte de l’addition, mimé en parallèle par le comédien (une bonne idée).

25_5_conclusion Et voilà déjà le moment de passer à la conclusion…
[photo de Fabienne Rappeneau, via le dossier de presse]

Vous l’aurez compris, j’ai eu un peu de mal avec ce spectacle, bien que l’idée de mélanger du stand-up à des sketchs et à des moments un peu plus “intelligents”, si je peux me permettre d’utiliser ce mot, me semble très intéressante. Du côté positif, le texte des parties stand-up est parfois très bon, avec un style très personnel, ne cherchant pas les éclats de rire mais oscillant entre absurde et poésie, le tout joué à grande vitesse avec un énorme talent. Inversement, les sketchs sont vraiment mauvais, dans le texte comme dans le jeu, devenant incompréhensibles et interminables. De même, les touches de mise en scène théâtrale sont ratées (je pense en particulier à l’entrée en scène). Un spectacle pas foncièrement mauvais donc, mais qui mériterait un bon coup de balai pour révéler tout le talent que Vicent Dedienne possède à coup sûr.

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