L’affrontement (de Bill C. Davis / mes. Steve Suissa / avec Francis Huster, Davy Sardou)

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L’affrontement
De Bill C. Davis
Adapté par Jean Piat, Dominique Piat
Mis en scène par Steve Suissa assisté par Denis Lemaître
Avec Francis Huster, Davy Sardou

Décors par Stéfanie Jarre
Lumières par Jacques Rouveyrollis
Création sonore par Alexandre Lessertisseur
Costumes par Edith Vesperini

Théâtre du Martolet, Saint-Maurice, Suisse
Produit par Théâtre Rive gauche (producteur), Lande Martinez Production (producteur, tourneur), Théâtre du Martolet (organisateur)
Représentation du mardi 21 avril 2015 à 20h30
Placé en deuxième catégorie (rang 32, place 835)
Payé 45.00 CHF

21_2_castingL’affrontement parfaitement imagé…
[photo de Serge Carrié (Pixel Pro), via le dossier de presse]

Francis Huster dirigé par Steve Suissa, voilà de quoi m’intéresser puisque j’ai adoré les deux collaborations du duo auxquelles j’ai assistées (Le journal d’Anne Frank et La trahison d’Einstein). Sauf que, dans ce cas, la pièce en question parle de deux religieux débattant sur la foi, et qu’il se trouve que je suis athée, anticlérical et plein d’autres trucs du style. J’ai donc un peu hésité avant de prendre ma place, mais les bonnes critiques et le fait que Davy Sardou ait obtenu le Molière du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation de Mark Dolson ont fini de me convaincre.

Les dates de représentation dans les théâtres auxquels je suis habitué ne m’arrangeant pas vraiment, c’est à Saint-Maurice que je me suis rendu, pour la première fois. Oui oui, Saint-Maurice, son abbaye, son couvent, sa chapelle, tout ce qu’il faut pour bien être dans l’ambiance !

Cela dit, ils ont un très joli théâtre, au sous-sol de l’école, avec une visibilité parfaite de toutes les places. Son seul défaut est d’avoir des places numérotées n’importe comment. J’ai déjà visité pas mal de théâtres, la plupart étant numérotés de façon classique (en attribuant le 1 au siège au centre de chaque rangée puis en déroulant les nombres pairs côté cour, impairs côté jardin), certains un peu plus fantaisistes (en mettant le 1 à une extrémité), mais ça j’avais jamais vu. Chaque place a un numéro unique. Dans mon cas, 835. Aucun moyen de savoir si c’est à gauche, au centre ou à droite de la rangée, il faut demander à un placeur… qui s’avère autant perdu que moi. Evidemment, les pauvres, c’est impossible de retenir à quel numéro commence chaque rangée et quels numéros sont de quel côté du couloir. Bref, tout le monde cherche sa place à gauche à droite, c’est un peu le bordel, mais au moins ça anime l’avant-spectacle !

21_3_husterAllez, tout le monde est assis, fini de rire, le Père Francis vient nous prêcher la bonne parole…
[photo sans crédit, via Lande Martinez Production]

Le décor d’église moderne trônant sur scène (avec vitraux, croix, bougies et tout le nécessaire à bigoteries) commence par accueillir Francis Huster, ou plutôt Tim Farley, prêtre apprécié de ses paroissiens, qui décide ce jour là de se lancer avec eux dans un débat sur le droit de sacerdoce pour les femmes. Le débat est un peu plat jusqu’à l’intervention enflammée de Mark Dolson (à savoir Davy Sardou, placé dans le public), qui se trouve être un jeune séminariste. A ses arguments progressistes et très engagés, Farley répond prudemment, le remettant à sa place.

Fin de la scène et astucieux changement de décor, dont deux panneaux s’ouvrent pour nous transporter dans le bureau de Farley. Et c’est là que commence l’affrontement entre les deux hommes… D’un côté, le prêtre installé, faisant tout pour être aimé de ses fidèles, qui le lui rendent à coups de cadeaux alcoolisés, l’homme ayant un penchant pour la bouteille. Nous découvrons qu’il a une foi plutôt modérée, mais des principes et un refus de s’opposer à l’autorité des ses supérieurs cléricaux.

Face à lui, Mark Dolson, jeune homme ayant eu un début d’existence plutôt agité mais avec, depuis quelques temps, un objectif clair : devenir prêtre. Sauf qu’il a des idées un peu trop modernes, une façon agressive des les défendre et un humour mordant. Résultat, ça ne se passe pas très bien avec ses “enseignants”, malgré sa détermination et sa foi poussée à l’extrême.

21_4_affrontementLe moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de l’électricité dans l’air…
[photo de Serge Carrié (Pixel Pro), via le dossier de presse]

Le débat s’enflamme et, outre le sujet récurrent de la place des femmes dans l’église, les thèmes du mariage des prêtres et de l’homosexualité sont également abordés, sans oublier l’accent mis sur la façon différente des deux hommes de vivre et de transmettre leur foi. Les dialogues sont très bien écrits et intéressants à suivre, bien que ma position ne rejoigne ni Dolson, ni Farley (la mienne est que l’église ne devrait pas exister, tout simplement). Il faut aussi signaler qu’il est impossible de deviner que le texte original date de 1980, tellement les thèmes traités semblent actuels, preuve du flagrant immobilisme de l’église.

L’humour est, étonnamment peut-être, très présent, éloignant la pièce d’un ramassis de dialogues cléricaux. Les répliques cyniques et le côté farceur de Dolson sont irrésistibles, le tout étant renforcé par le côté impassible de Farley. Les serments complètement fous du séminariste sont à chaque fois source d’éclats de rire.

Du côté des acteurs, Francis Huster est parfaitement crédible lorsqu’il s’adresse à ses paroissiens, mais a un peu plus de mal à être juste lors des dialogues avec Dolson. J’ai eu l’impression qu’il tentait d’en faire trop sur le côté alcoolisé de son personnage, ce qui est évidemment très difficile à jouer et un peu raté. Sa performance reste très bonne, mais un “fan” comme moi s’attendait à mieux.

21_5_egliseHuster est très bon dans son église mais, pour la première fois, il m’a déçu lors des scènes dans son bureau…
[photo sans crédit, via Lande Martinez Production]

Face à lui, Davy Sardou est exceptionnel, jouant avec un naturel déconcertant, autant lorsqu’il s’énerve en défendant ses positions “révolutionnaires” (du moins du point de vue de l’église) que quand il débite ses serments ratés ou exprime sa foi avec conviction. Comme je l’ai déjà dit, son côté jeune farceur détendu est à mourir de rire.

La mise en scène est sobre mais conserve du mouvement bienvenue pour couper les longs dialogues. Le décor accompagnant le tout est une réussite, sobre, moderne et fonctionnel. La musique diffusée lors des changements de scène est bien trouvée, nous évitant heureusement les trois notes d’orgue qu’il aurait été un peu trop facile de placer. Evidemment, le travail de la sommité de l’éclairage qu’est Jacques Rouveyrollis est lui aussi à applaudir.

21_6_alloAllo, non mais allo quoi, t’es une femme et tu veux être prêtre !
[photo de Serge Carrié (Pixel Pro), via le dossier de presse]

Après avoir réussi à placer Nabilla dans une légende de photo de Francis Huster, je vais tenter de redevenir sérieux pour vous dire que l’évolution des personnages est bien menée et contribue pour beaucoup à la réussite de la pièce. Sans révéler la fin, les deux hommes ont véritablement changé au moment de la scène finale et le public a parfaitement suivi cette progression.

En conclusion, la pièce est brillante. Pour me faire apprécier un thème pareil alors que je suis à l’opposé des idées défendues par l’un et par l’autre, il fallait le faire, et c’est réussi. Les débats sont intéressants à suivre grâce à l’écriture remarquable, à l’humour omniprésent, à l’évolution des personnages et à l’interprétation au naturel. Je ne regrette pas un seul instant d’être allé voir le travail de Steve Suissa et Francis Huster, encore moins d’avoir découvert Davy Sardou. Mais malgré tout, je préfère largement les voir évoluer dans un thème autre que celui de la religion !

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